La composition ou l’art de mettre en scène ses photos.

La lecture a du sens

Commençons par le commencement. Au début, il n’y avait rien et puis est arrivé le peintre préhistorique et son art qui sent si bon la grotte et l’art brut. Et puis, après, bien après, arriva l’écriture, codifiée et normalisée. D’origine latine, phénicienne ou chinoise, elle a façonné nos textes.
Pour les pays d’Europe centrale, d’Europe de l’ouest, d’Europe du nord et la plupart de leurs anciennes colonies (Etats-Unis, Brésil, Argentine,...) l’écriture est dérivée de l’alphabet latin et la lecture se fait de gauche à droite et de haut en bas.
L’homme préhistorique lui n’écrivait pas. Il dessinait directement sur des parois rocheuses. Mais c’est réellement à partir de l’antiquité que les œuvres peintes directement sur les murs sont entourées d’une partie ornée qui préfigure l’encadrement. Et c’est au XVème siècle et véritablement à la renaissance que le cadre apparut. La mise en valeur des œuvres et leur protection furent les principales raisons de ce changement.
A votre avis, un même sens de lecture d’une image cloisonnée dans un cadre et cela depuis 5 siècles au moins, cela a quel effet ? Une influence atavique sur notre manière de regarder une image.

le sens de la lecture

Le cadre, une question de forme

Comme en peinture, un format est plus ou moins adapté à un sujet. Avez-vous déjà essayé de faire rentrer en totalité et en gros plan la tour Eiffel dans un rectangle horizontal ?

Esprit photographe - La composition : La Tour Eiffel

© Olivier Gouzien

En photographie et pour la composition, la première question à se poser est le choix de la forme du cadre. Deux sont possibles, carré ou rectangulaire.

Le format carré est le moins utilisé.
Il convient bien aux sujets centrés, symétriques et aux portraits. Pour les autres sujets, cela reste surtout un choix artistique.

Le format rectangulaire est le plus pratiqué en photo. La première raison est la possibilité de le positionner verticalement ou horizontalement et ainsi de souligner des lignes existantes (route, colonnes,...).
La deuxième raison est en correspondance avec les proportions - rapport longueur/largeur - des capteurs d’appareils photo qui ont des ratios de 2/3 ou de 4/3, c’est-à-dire rectangulaires.
Les écrans des ordinateurs sont généralement de rapport 4/3.

L’orientation pour mieux se repérer

Le format est sélectionné. Il nous reste à voir dans quel sens le positionner.
Pour les formats carrés, il n’y a pas de choix, tous les côtés sont égaux. Pour le format rectangulaire, il va falloir se déterminer en privilégiant soit la largeur, soit la hauteur.
Le format de sens horizontal correspond à la manière naturelle de percevoir notre environnement et notre espace en s’appuyant notamment sur la ligne d’horizon. Il convient tout particulièrement aux sujets comme des groupes, des paysages, des sujets en mouvement (coureur à pied, voiture de course,...). Il apporte quiétude, profondeur et distance à l’image.
Le format de sens vertical est moins habituel pour notre œil. Après tout, nos yeux ne sont pas disposés l’un sur l’autre.
Outre les girafes et autres espèces approchantes, il est bien adapté pour les portraits, l’architecture des villes, le mouvement vertical et les chapeaux haut-de-forme.
Il donne dynamisme et proximité à l’image.

De la pointe de l’épée, il signe un z !

Comme vu précédemment, nous lisons de gauche à droite et de bas en haut et cela a une importance pour interpréter une image. Sur ces deux exemples, on devine que la lecture du format vertical demande plus de concentration et d’énergie. Le nombre d’allers et retours fait par le regard en est la cause principale.
Dans ce format, notre regard va inconsciemment tronquer les extrémités haute et basse de l’image pour se déporter sur la partie centrale d’où son intérêt pour le portrait.

Esprit photographe - La composition : Le sens de lecture

Le sens de lecture a aussi des conséquences plus implicites liées à notre culture et à notre quotidien. La peinture, le cinéma et bien sur la publicité sont des domaines qui ont une forte influence sur notre perception des choses.

Un exemple ? Quand une personne va vers la droite, l’impression qui se dégage, c’est qu’elle s’en va, qu’elle part. A l’inverse, en direction de la gauche, une impression de retour est perceptible.

Esprit photographe - La composition : Le sens de lecture, venir et partir

Une composition bien ordonnée commence par soi-même

La composition est le langage avec lequel vous allez exprimer votre ressenti. Elle dépend du format du cadre, du sujet principal de la photo, de son contexte, des couleurs, du contraste, de la lumière,...et de votre libre interprétation. Que voulez-vous montrer ? Comment voulez-vous le montrer ? Quelle lecture de l’image allez-vous proposer ? Les réponses à ces questions s’appellent la composition.

Les trucs et astuces pour parfaire une composition

Avant tout tentative de composition, il faut toujours se rappeler du sens de lecture. Le regard balaye de droite à gauche et de haut en bas.

1 - La règle des tiers

Si vous ne devez en retenir qu’une seule, c’est bien celle-là. Ce sont les peintres du 19ème siècle qui l’ont popularisée. Elle est une des déclinaisons du nombre d’or (phi).
Le principe est simple. Le regard balaye l’image comme il lit un texte mais en beaucoup plus rapide. La règle des tiers dit que certains endroits sur le chemin de la lecture attire naturellement l’œil. Ces endroits sont repérés par un découpage du cadre en 3 tiers verticaux et horizontaux. Pour mettre en évidence le centre d’intérêt de la photo, les points d’intersection sont les emplacements à privilégier si possible sinon il faut utiliser les lignes des tiers.
Un exemple d’application : Je souhaite que le personnage au chapeau soit le centre d’intérêt. Je vais donc le positionner sur un point d’intersection où l’œil est naturellement attiré.

Esprit photographe - La composition : La régle des tiers

La règle des tiers est particulièrement adaptée pour les paysages et les portraits.

2 - la perspective linéaire

Héritée aussi de nos amis peintres, elle s’appuie sur la ligne d’horizon à laquelle on adjoint des lignes et des points de fuite.

Esprit photographe - La composition : La perspective linéaire

© Pierre Garance

La ligne d’horizon (en bleu) est la séparation entre le ciel et la terre ou la mer.

Les lignes de fuite (en rouge) sont des lignes qui partent du bord de l’image (premier plan) en direction de la ligne d’horizon. Elles sont visibles ou suggérées : les bords du chemin, les fils barbelés sur la photo (en orange)

Le point de fuite est situé à l’endroit où se croisent les lignes de fuite sur la ligne d’horizon.

Esprit photographe - La composition : Schéma sur la perspective linéaire

La composition à partir de la perspective linéaire est principalement utilisée pour donner de la profondeur à un paysage.

3 - La symétrie

Le sujet est au centre de la photo. De chacun de ses côtés, la vue est quasi identique.

Esprit photographe - La composition : La symétrie en composition

La symétrie sert à mettre en valeur un objet, un paysage par une vue inversée et répétitive. La symétrie peut être verticale ou horizontale. Elle est très utilisée pour les compositions dites graphiques. Le format carré est bien adapté à ce genre d’exercice.

4 - L'équilibre des masses

Imaginez que la photo que vous venez de faire soit poser sur une balance. En considérant les masses, les volumes, pencherait elle d’un côté ou d’un autre ?

Dans le premier exemple, la cabine est seule sur la droite sans contrepoids à gauche. L’impression de déséquilibre est suffisamment forte pour ressentir une impression d’instabilité.

Esprit photographe - La composition : L'équilibre des masses

Par contre dans l’exemple suivant, les masses harmonieusement réparties équilibrent la composition. Il se dégage une impression de quiétude et de tranquillité.

 Esprit photographe - La composition : L'équilibre des masses

Il est important de tenir compte des masses en présence sur une photo.
Plus elles s’équilibrent entre elles et plus le sujet de l’image semble stable. La tranquillité, la solidité, l’aspect inaltérable et durable sont mis en avant par l’équilibre.
A l‘inverse, un déséquilibre prononcé va faire ressortir les aspects fragiles, précaires, incertains d’un sujet.

Le bon usage des masses est un très bon outil pour renforcer les émotions. A la prise de vue, faites confiance à votre œil pour équilibrer ou déséquilibrer ; pas besoin de savants calculs mathématiques.

5 - Les couleurs complémentaires

Le sieur Chevreul, chimiste français du 19ème siècle, est connu en particulier pour sa loi dite du « contraste simultané des couleurs ». Celle-ci précise notamment que deux couleurs complémentaires juxtaposées sont perçues plus saturées et qu’elles se renforcent mutuellement. Les peintres impressionnistes ont été fortement influencées par cette loi.

Deux couleurs sont complémentaires quand elles s’opposent sur le cercle chromatique (ci-dessus, voir les flèches) par exemple : Le vert est complémentaire du rouge, le bleu de l’orange et le vert du rouge.

Esprit photographe - La composition : La roue des couleurs

La roue des couleurs

D’après Chevreul et les impressionnistes, sur une image pour faire ressortir la couleur rouge, elle doit être proche voire juxtaposée au vert ; idem pour le jaune et le violet, et le bleu et l’orange.

Esprit photographe - La composition : Juxtaposition de couleurs

Quand deux couleurs complémentaires sont significativement présentes sur une même image, celle dont la surface est la plus petite sera la plus visible surtout si elles se superposent (la roue orange de la vanne ci-dessus ou le vert clair du bateau de pêche).

La composition basée sur les couleurs complémentaires demandent que celles-ci soit saturées et de fortes intensités. Pour rappel, le bleu, le vert et le violet sont des couleurs dites froides au contraire du rouge, du jaune et de l’orange dites chaudes.
Les couleurs froides évoquent la nuit, l'eau et la nature. Elles sont ressenties comme apaisantes et relaxantes. Elles apportent de la profondeur.
Les couleurs chaudes évoquent le feu, le feuillage de l’automne, les couchers et les levés de soleil. Elles sont ressenties comme énergisantes, passionnées et positives.

6 - Les lignes de direction

Les lignes de direction (ou lignes de force) nous promènent  dans le cadre en nous indiquant des directions à suivre. Elles sont courbes, droites, obliques, diagonales, etc. Ce type de composition influence énormément l’interprétation par la direction des lignes (montée, descente, départ, retour, chute, ascension,...).

La vitesse du métro semble d’autant plus grande que la diagonale descendante du pont l’accentue.

Esprit photographe - La composition : Diagonales et lignes de direction

Les lignes de direction nous obligent à traverser le parc en nous indiquant le chemin.

Esprit photographe - La composition : Lignes de direction indiquant le chemin

Les lignes de direction sont particulièrement intéressantes dans le cadre d’une narration subjective: le métro va à toute vitesse (trop vite ?), je traverse le parc sans m’y arrêter (sans prendre le temps ?)...

7 - Les oppositions

Personnages, monuments, objets, masses, tous les sujets sont adaptés pour signifier une opposition. L’idée est de faire ressortir une caractéristique du sujet principal en la mettant en valeur par un opposé.

Dans cet exemple, le jeu entre les courbes et les lignes droite créé un effet graphique intéressant.

Esprit photographe - La composition : Oppositions lignes et courbes

Sur cet exemple, c’est le vide opposé au plein qui met en valeur l’arrière-plan.

Esprit photographe - La composition : Opposition vide

Large et mince, grand et petit, monochrome et couleur, vertical et horizontal, riche et pauvre, chaud et froid, la composition par opposition permet une interprétation déterminée par exemple la mer est bleue, verte, immense, en mouvement, calme, agitée, salée, synonyme de vacances, de voile ou de baignades,... à vous de voir...

L’opposition est bien adaptée pour la street photography, l’architecture et la photo documentaire.

8 - Le cadre dans le cadre

Comme le titre l’indique, cette composition « piège » le regard à l’aide d’un cadre - visible ou suggéré - à l’intérieur de l’image.

Dans l’exemple ci-contre, le plafond d’un bâtiment, le carrelage du sol et les peintures sur les murs forment un cadre suggéré.
Le regard se pose naturellement sur l’intérieur du cadre pour découvrir un ensemble coloré.
Si le personnage avait été dans le cadre, il serait devenu le sujet principal. Dans cette composition, il permet juste d’amener un élément de comparaison pour évaluer la taille des bâtiments.

Esprit photographe - La composition : Cadre dans le cadre

Dans cet autre exemple, le contre-jour occasionne un jeu d’ombre et de lumière qui délimite un cadre.

Esprit photographe - La composition : Contre-jour et cadre dans le cadre

Le cadre dans le cadre est une bonne technique pour isoler le sujet d’une image. Des feuilles d’arbres, des plantes vertes, une porte, une fenêtre sont des éléments de délimitation à utiliser.
Ce type de composition permet de présenter avec originalité un portrait, un paysage ou une scène de vie.

9 - Le contraste

Pour beaucoup, le contraste est un jeu de noir et blanc. S’il est vrai que le contraste est plus facile à percevoir à l’aide de ces deux teintes extrêmes, il est avant tout une opposition de parties sombres et de parties claires et cela quelle que soit la couleur utilisée.

Le contraste sur une photo est recherché pour faciliter la compréhension d’une scène ou d’une situation, pour aller à l’essentiel. Plus il est fort et moins l’image est détaillée.

Esprit photographe - La composition : Le contraste dans la composition

Esprit photographe - La composition : Le contraste comme régle de composition

Un fort contraste masque les détails au profit des formes et des volumes. Cela ne convient pas à la photographie privilégiant le dessin des détails tels que l’expression d’un visage, le pelage d’un animal, un bouquet de fleur ou les ailes d’un papillon.
Plus la photo est contrastée plus l’impact visuel est fort, à l’inverse une photo faiblement contrastée évoque ou renforce les ambiances mystérieuses, douces ou paisibles (brume sur un étang par exemple).

 10 - Plongée et contre-plongée

La plongée consiste à prendre une photo en visant vers le bas et la contre-plongée vers le haut. Ce sont deux techniques de cadrage utilisées pour photographier autrement les paysages et les personnes.

En plongée, je domine le monde, les scènes de vie prennent un aspect cocasse. J’ai l’impression d’être un géant.

Esprit photographe - La composition : Village en plongée © Pierre Garance

© Pierre Garance

Esprit photographe - La composition : Femme et ses chiens © Pierre Garance

© Pierre Garance

En contre plongée, la grandeur des bâtiments m’impressionnent et les gens montent vers le ciel, ils s’élèvent.

Esprit photographe - La composition : Cheminées d'usine en contre-plongée © Pierre Garance

© Pierre Garance

Esprit photographe - La composition : Un homme sur un pont en contre-plongée © Pierre Garance

© Pierre Garance

La contre-plongée apporte dynamisme et grandeur au sujet. On l’utilise plus facilement en format vertical. Elle est appropriée pour les bâtiments et les personnes en situation de mouvement. Pour un portrait en pied (le corps en entier) elle apporte une forme de majesté et de condescendance.

La plongée en photo se pratique plutôt en format horizontal. Adaptée aux paysages, elle tasse par contre les personnages ce qui rend les scènes parfois cocasses. La contre-plongée et la plongée sont fortement déconseillées pour les portraits sauf pour réaliser un effet particulier. L’originalité apportée par les lignes déformées fait de ce type de composition une alternative intéressante.

La composition, une aide à la création

De plus en plus, notre vision des choses et des gens se fait au travers d’un cadre rectangulaire (smartphone, ordinateur, télévision, affiches). Une des conséquences est notre vue incomplète d’un contexte et d’une situation.
Pour amener le cerveau à percevoir la réalité enfin plutôt une réalité, celle que l’on veut montrer, il est indispensable de composer ses images au risque qu’elles soient sans réelles significations.
Il existe beaucoup d’astuces de composition mais trois règles sont indispensables à connaître pour progresser : la grille des tiers, les lignes de forces et l’équilibre des masses. Une fois celles-ci maîtrisées machinalement votre créativité pourra s’exprimer : connaître et comprendre la norme c’est savoir comment la contourner.

Une dernière remarque pour finir, lisez bien le mode d’emploi de votre appareil. La plupart des boitiers propose des aides visuelles pour cadrer et composer (affichage de grille dans le viseur, choix de format,...), pensez à les utiliser !