La nuit, tous les chats sont gris !

La photo de nuit n’échappe pas à cet aphorisme. A partir du coucher du soleil, la lumière naturelle baisse peu à peu entrainant la disparition progressive des couleurs, pour être remplacée par un noir profond. Ce manque de lumière naturelle a une influence sur la technique de prise de vue. Mais intéressons-nous d’abord aux caractéristiques de la nuit.

Les couleurs de la nuit

En fonction de l’heure, la nuit change sa couleur. De l’orange au noir profond, quatre périodes principales la compose.

Première période : le coucher du soleil

Fin d’après-midi, le soleil se couche. C’est le début de la nuit. Le ciel est orangé et la lumière oblique. Les photos sont spectaculaires. Les visages sont magnifiés, les monuments embrasés et les paysages flamboyants; c’est la photo intense. Combien d’idylles ont commencé sous un coucher de soleil en bord de mer ?

Esprit photographe - La photo de nuit : Couché de soleil © Pierre Garance

© Pierre Garance

Deuxième période : le soleil couché

Juste après son coucher, le soleil éclaire encore le ciel pour une durée d’une quinzaine de minutes. La lumière est rasante, l’ambiance étrange, fantastique. C’est l’instant idéal pour jouer avec les ombres chinoises.

Esprit photographe - La photo de nuit : L'alcyone dans le port de Caen © Olivier Gouzien

© Olivier Gouzien

Troisième période : l’heure bleue « entre chien et loup »

Pour beaucoup de photographes, c’est l’heure idéale pour la photographie de nuit. Elle dure à peine trente minutes. L’éclairage public s’allume ; les contrastes sont doux. La profondeur du bleu de l’atmosphère favorise la mise en valeur d’un monument, d’un pont, d’un fleuve, d’un port de pêche,…

Esprit photographe - La photo de nuit : Le port de Caen © Olivier Gouzien

© Olivier Gouzien

Quatrième période : la nuit noire

Elle augmente le contraste entre les ombres et la lumière artificielle. Les ciels sont nus comme vides. Moins intéressante pour les paysages (mer, ville, campagne) elle permet par son fond noir de mettre en valeur certaines scènes comme les feux d’artifices, les mouvements de lumières (phares de voiture, manèges,…). Elle renforce aussi les aspects dramatiques ou inquiétants d’une scène, surtout les soirs de pleine lune.

Esprit photographe - La photo de nuit : La BNF © Olivier Gouzien

© Olivier Gouzien

Le flou et le bruit, les deux ennemis !

Quoi de mieux qu’un exemple ?
Remontons le temps jusqu’au samedi 18 décembre 2013 à 19h. Vous étiez dehors à vous promener dans la rue piétonne en vous émerveillant (comme l’enfant qui sommeille toujours en vous) du bonheur des gens croisés, des illuminations de Noël, des boutiques chatoyantes,…vous vous rappelez ? Votre appareil présent dans votre poche, l’occasion était trop belle pour déclencher. Aussitôt dit, aussitôt fait. Et alors, le résultat ? Pas trop de pixels colorisés de manière bizarre? Pas trop de taches lumineuses et granuleuses ? Vos photos étaient nettes ?
En cas de faible luminosité, deux inconvénients majeurs sont à redouter : le bruit et le flou de bougé.

 Le bruit correspond à un signal qui parasite l’image en générant des pixels parasites aux couleurs aléatoires.

Esprit photographe - La photo de nuit : exemple de bruit

Le flou de bougé est la résultante d’un appareil mal stabilisé pendant le laps de temps (vitesse d’obturation) où il enregistre l’image.

Esprit photographe - La photo de nuit : exemple de flou de bougé

La cellule photo de votre appareil photo calcule la lumière que doit recevoir le capteur pour obtenir une bonne exposition. En cas de faible éclairage et en mode automatique (AUTO, P, A, S), il fait varier, ensemble ou séparément la sensibilité ISO, la vitesse d’obturation et l’ouverture du diaphragme. Attention donc aux réglages que vous propose votre appareil sinon passez en mode manuel (M) pour gérer vous-même l’exposition care en cas de sensibilité trop haute il y a risque de bruit. Et en cas de vitesse trop basse la photo risque d’être floue.
Ces deux limites (ISO, vitesse) sont très rapidement atteintes. Alors comment pallier ces inconvénients?

Les solutions qui fonctionnent !

Utiliser un flash

De nuit, il provoque un fort assombrissement de l’arrière-plan qui devient alors peu visible.
De solides connaissances techniques et bien entendu un flash externe sont absolument indispensables pour gérer cette situation. A ce propos, il est bon de rappeler que la qualité des flashs intégrés reste très quelconque. Ils servent surtout en « dépannage », de jour par exemple pour« déboucher les ombres » d’un visage.
Concernant la photo de nuit, le flash est plutôt conseillé pour les portraits ou les prises de vue rapprochées.

Utiliser un trépied

Il en existe de toutes les tailles, de tous les poids avec des pieds télescopiques (ou non) et à tous les prix. Son rôle est d’assurer une parfaite stabilité à l’appareil au moment de la prise de vue.
Sa tête (partie où est fixé l’appareil photo) permet d’orienter l’appareil. En fonction des modèles, cette possibilité est plus ou moins développée.
Pour avoir déjà vu un photographe pleurant son Reflex tombé sur le bitume à cause d’un coup de vent, je vous recommande d’investir dans un matériel de qualité et adapté à votre ensemble photographique. Attention au poids de l’appareil photo et de l’objectif souvent mésestimé dans cette circonstance.

Retoucher les photos

La plupart des logiciels de retouche propose des outils pour traiter, avec plus ou moins de succès, le bruit mais c’est toujours au détriment du piqué (moins de finesse des détails) de la photo. Quant à la correction du flou, il n’existe pas pour l’instant de solutions satisfaisantes.

La maîtrise technique, ce n’est pas tout !

La photographie de nuit génère des problèmes autres que la simple technique photographique.
Il fait nuit et vos yeux vont s’en apercevoir quand il va falloir vérifier les réglages. La nuit, c’est aussi des températures plus froides, il faut y penser. Autre problème : les passants, les conducteurs de voitures, enfin les gens qui à la vue d’un appareil sur un trépied peuvent avoir des réactions imprévisibles. Pour plus de sécurité privilégiez les lieux touristiques ou fréquentés et éviter les bords de route.

La nuit, le trépied c’est le pied !

Se promener avec un trépied dans son sac à dos, le déplier, le positionner, cadrer, régler l’appareil,...toutes ces opérations sont assez fastidieuses. Pour simplifier, il est bon de s’appuyer sur une préparation rigoureuse, par exemple :

  1. Repérer en plein jour ce que vous voulez prendre en photo
  2. Sélectionner vos sujets
  3. Elaborer vos compositions et vos cadrages
  4. Sélectionner l’heure qui vous intéresse (coucher de soleil, entre chien et loup,…)
  5. Déterminer le matériel qu’il vous faudra et vérifier l’état de charge de votre batterie
  6. Prévoir des vêtements adaptés à la saison, emporter une lampe de poche
  7. Etre sur place avant l’heure envisagée pour effectuer quelques tests (ouverture, ISO, vitesse)
  8. S’en tenir aux cadrages et aux compositions déjà déterminés
  9. N’abusez pas du nombre de sujets.

Les photographes de références

  • Christopher Becker
  • Dean Chamberlain
  • Jerry L. Day
  • Frank Dituri
  • Michael Frye
  • Karekin Geokjian
  • Todd Hido
  • Lance Keimig
  • William Lesch
  • Troy Paiva
  • Matthew Pillsbury
  • Tokihiro Sato
  • Lynn Saville
  • Jan Staller
  • Berthold Steinhilber
  • Larrie Thomson
  • Martin Wolf Wagner