Un des thèmes les plus classiques en photographie est le paysage. A coup sûr, beaucoup d’entre nous ont commencé la photo par un petit clic sur un site grandiose.
En peinture, le paysage est un genre majeur. Il en est de même en photographie. D’ailleurs, la première photo de l’histoire dont on a gardé une trace est attribuée à Nicéphore Niepce ; c’est une photo de paysage prise de sa fenêtre.

Les sujets en paysage

Un paysage est la vue d’ensemble d’un espace ou d’une étendue. On distingue deux sortes de paysages : les naturels et ceux transformés ou aménagés par l’homme.

Le paysage naturel est celui où la main de l’homme n’est pas intervenue. On trouve principalement dans cette catégorie :

  • la mer, la plage, les falaises, les rochers,
  • la montagne, les collines, les dénivellations de terrain conséquentes,
  • la campagne, la forêt, les rivières et les fleuves,
  • les déserts.

Les paysages non naturels sont plutôt représentés par :

  • la ville avec ses rues et son urbanisation,
  • les zones industrielles et commerciales,
  • les ports, les aéroports, les infrastructures,
  • la campagne au sens agricole, les routes.

Les caractéristiques d’un paysage en photo

Si chaque paysage reste spécifique, on peut néanmoins ressortir un certain nombre d’éléments qui leurs sont communs. Pour ma part, j’en vois au moins trois.
En premier, le paysage est le sujet principal ; il se suffit à lui-même. Toute présence – homme, voitures, bâtiments - doit s’intégrer au paysage comme élément de décor ou en apportant une précision, comme ci-dessous la taille des personnes qui permet de prendre toute la dimension du site.

Esprit photographe - La photo de paysage - Dune du Pilat

© Pierre Garance

En second, la notion de profondeur. La photo de paysage va souvent se différencier des autres thématiques par sa capacité à porter loin le regard du lecteur. C’est bien la notion de profondeur (de grandeur) qui affirme la photo de paysage. A ce sujet, la gestion de la netteté (profondeur de champ) est un élément important dans la réussite de ce type de photo.

Esprit photographe - La photo de paysage - Le Tréport

© Pierre Garance

En troisième, la photo de paysage représente des vues extérieures ce qui n’est pas du tout anodin pour la qualité de la lumière et pour les conditions de prise de vue. Une brume épaisse au petit matin va certes apportée une touche « romantico/fantastique » à un paysage mais ne va en aucun cas le mettre en valeur, ou si peu.

Esprit photographe - La photo de paysage - Vendôme

© Pierre Garance

En plus de ces 3 points qui caractérisent le paysage, il est important de noter que d’un point de vue graphique, le paysage est un enchevêtrement de lignes et de formes qu’il faut savoir ordonner et agencer pour le restituer pleinement.

Les variables du paysage

Si la structure d’un paysage (lignes, formes) varie en fonction du point de vue, il n’en est pas de même pour les autres paramètres. Trois en particulier - la luminosité, les couleurs et les contrastes - se modifient en fonction des éléments extérieurs (météo, heure, saison,...).

Le paysage et les saisons

Il existe 4 saisons (je me doute, c’est une véritable révélation pour vous !) et chacune possède une lumière et une nature différente.

Au printemps, le soleil est encore bas dans le ciel. Si le temps reste humide, le soleil fait de fréquentes apparitions. Les rivières et les cascades sont chargées d’eau. Le jaune et le vert sont très présents. C’est la saison parfaite pour les paysages de cours d’eau et de campagne.

Esprit photographe - La photo de paysage - Villavard

© Pierre Garance

L’été avec un taux d’humidité souvent plus bas et son soleil qui frôle le zénith est la saison du bleu du ciel et de la mer, du vert des cultures et du rouge flamboyant du soir. C’est à cette saison que les contrastes sont les plus forts ; les reliefs sont plus durs et la saturation des couleurs exacerbée. La ville en plein soleil avec ses ombres courtes et ses contrastes violents s’avère un excellent terrain de chasse pour un photographe comme les bords de mer par beau temps.

Esprit photographe - La photo de paysage - Barneville Carteret

© Olivier Gouzien

L’automne est la saison par excellence pour la photo de paysages naturels. Entre les bruns/rouges des forêts et les gris du ciel subissant des variations de lumière spectaculaires, tout est sujet à photographie. De loin, ma saison préférée pour les paysages de mer et sa gamme de gris/vert. Si c’est aussi votre cas, faites attention à bien préserver l’étanchéité de l’appareil et de protéger l’objectif à cause de l’humidité ambiante.

Esprit photographe - La photo de paysage - Automne

© Pierre Garance

L’hiver, c’est le blanc qui domine. Le givre et la neige se disputent le droit de redonner une virginité à la nature. La lumière est souvent diffuse et les ombres s’allongent. La photo d’atmosphère et d’ambiance est à privilégier surtout en noir et blanc. Les paysages et notamment ceux de montagne deviennent souvent minimalistes sous leur manteau neigeux.

Esprit photographe - La photo de paysage - hiver

© Pierre Garance

Le paysage et la météo

Comme pour les saisons, la lumière (et donc la couleur) se modifie selon la météo. Le temps est d’ailleurs souvent fonction de la saison. Il y a véritablement un bon moment pour prendre un paysage en photo. Le soleil, la pluie, la brume, la neige, le vent sont autant de paramètres à prendre en considération. Un ciel nuageux ou mieux orageux donnera toujours des images saisissantes de paysages. Un ciel très bleu mettra en valeur les couleurs et les ombres. Le pire, sauf quelques rares exceptions, un ciel gris et plat souvent synonyme de photo sans relief.

Le paysage et l’heure de la journée

La lumière du matin est orange, celle du midi bleu/blanc et celle de fin d’après-midi est plutôt rouge. Les ombres aussi varient en fonction de l’heure de la journée (et de la saison) ; plus le soleil est haut et plus les ombres sont courtes et intenses.
La meilleure lumière ? Il n’y en a pas, cela dépend du sujet.

Le cadrage et la composition d’un paysage

En général, le format utilisé pour un paysage est l’horizontal. Certaines cascades ou falaises vues du bas peuvent être en format vertical mais la règle reste l’horizontal qui d’ailleurs vient du mot : horizon.
Le cadrage à privilégier est large ce qui nécessite un point de vue en conséquence et un objectif en rapport comme un grand angle.
La composition, si l’on veut rester classique, s’appuie sur la règle des tiers, la perspective ou les deux. Concernant la règle des tiers, il s’agit de positionner la ligne d’horizon sur le tiers bas de l’image ou le tiers haut. Sur l’exemple ci-dessous, l’horizon est sur le tiers haut pour mettre en valeur le bas de l’image.

Esprit photographe - La photo de paysage - La règle des tiers

© Pierre Garance

Concernant les règles de perspectives, la composition va s’appuyer sur des lignes de fuite ou des points de fuite. Sur l’image ci-après, le chemin entraine le regard vers l’arrière-plan ce qui nous permet de découvrir l’ensemble du paysage et nous évite de nous attarder sur un premier plan à l’intérêt moindre.

Esprit photographe - La photo de paysage - Perspectives

© Pierre Garance

Pour une perspective avec un point de fuite, l’œil va chercher un repère sur lequel il va s’appuyer pour balayer l’image. Dans l’image ci-dessous, le groupe d’arbre en plan moyen attire immédiatement le regard, d’autant plus que les sillons des champs nous entrainent vers lui. C’est l’accroche du paysage à partir duquel, on va découvrir l’ensemble. Sans cet élément, le regard se perdrait au milieu des champs et rendrait le paysage moins intéressant.

Esprit photographe - La photo de paysage - Perspectives

© Pierre Garance

Pour un paysage dont l’impression d’infini et d’immensité prédominent, un premier plan va permettre de combler une forme de vide et de monotonie. Sur l’exemple ci-après, sans ce premier plan qui capte le regard, le paysage n’aurait ni cette profondeur, ni cette intensité.

Esprit photographe - La photo de paysage - Premier plan

© Pierre Garance

Paysage et situations

Au-delà des caractéristiques d’un paysage et de ses variables, il existe deux situations où l’occasion se présente de prendre en photo un paysage.
La première situation dépend du hasard. Je suis en vacances et chaque jour, je change d’endroit. Je vais donc découvrir des paysages que j’aurais envie de photographier mais avec les conditions du moment (pluie, beau temps,...) pas forcément propices à la mise en valeur du paysage.
La deuxième situation est tout simplement celle où je peux revenir sur un même site jusqu’à temps d’avoir les meilleures conditions (météo, heure, saison) parce que c’est à côté de chez moi ou parce que c’est un lieu que je fréquente régulièrement.
Dans le premier cas, il faut faire avec la situation du moment et parfois demande une approche plus originale. C’est souvent plus compliqué surtout si l’on est peu inspiré.

Paysage et retranscription

Quand on débute en photo, on ressent parfois une déception à la vue de ses images. Malgré sa simplicité apparente, la prise de vue d’un paysage s’avère beaucoup plus compliquée qu’il n’y parait. La réelle difficulté est de trouver la manière dont il faut retranscrire le paysage pour le sublimer. Au-delà du choix de la composition, il faut déterminer les éléments forts de l’image qui vont guider le regard. Une petite astuce pour cela ? Regardez le paysage qui vous attire pendant trente secondes puis fermez les yeux. Les éléments qui vous reviennent en mémoire sont ceux sur lesquels vous devez construire votre composition.

Paysage et (quelques) cas particuliers

La photo N&B

Autant le noir et blanc est le genre photographique reconnu pour la photographie de rue, autant le paysage, surtout quand il est naturel, est associé à la couleur. Il est vrai que la nature propose de multiples couleurs pour se représenter.
Le fait de ne pas pourvoir opposer ou associer des couleurs va obliger le photographe à rechercher d’autres solutions pour mettre en valeur un paysage en N&B. Le minimalisme, les oppositions de textures et les contrastes marqués sont certainement les situations qui se prêtent le mieux au paysage en N&B, à la condition toutefois de respecter quelques règles de composition et de cadrage.
Ci-dessous un exemple de textures où les surfaces lisses de l’eau et du béton s’opposent aux surfaces rugueuses des rochers et des arbres et cassent ainsi la monotonie du relief.

Esprit photographe - La photo de paysage - Ardèche

© Pierre Garance

La photo panoramique

Notre oeil face à un paysage balaye inconsciemment une surface plus importante, souvent proche des 180 degrés, que le cadrage « normal » d’une photo le permet. Il est possible de rendre en partie cet angle de vision en utilisant la photo panoramique. Celle-ci consiste à associer plusieurs photos les unes à côté des autres pour en former une seule. Si certains appareils proposent cette option d’ailleurs un peu compliquée à mettre en œuvre, la solution la plus simple et la plus efficiente reste l’assemblage des photos au post-traitement à l’aide d’un logiciel spécifique comme Microsoft ICE.

Esprit photographe - La photo de paysage - Mémorial depuis la colline aux oiseaux

© Olivier Gouzien

En conclusion

Le paysage est tout indiqué pour s’entraîner à la photographie. Dans cette pratique, le stress de la photo de rue (refus des gens, instantanéité) n’est pas présent, le problème de matériel imposé par la photo de studio n’existe pas et la difficulté d’être placé au bon endroit ou de saisir le bon moment comme le réclame la photo de sport ne sont pas primordiaux.
La photo de paysage permet au photographe d’affiner ses réglages, de trouver la bonne composition et le bon cadrage. Il donne le temps de réussir sa photo.
Pour nombre de photographes accomplis, le paysage a été le parcours d’apprentissage des bases de la photo tels que le cadrage, la composition et la gestion de l’exposition.

Quelques photographes reconnus

  • Ansel Adams
  • Yann Arthus Bertrand
  • Ellen Kooi
  • Olivier Meriel
  • Robert Adams
  • Peter Lik
  • Shinzo Maeda
  • Philip Plisson