Si pour vous le Mans évoque une durée de 24 heures et non un pot de rillettes, si pour vous les chevaux sont avant tout la mesure de puissance d’un moteur, si pour vous dessin animé rime avec « CARS », c’est certainement que vous êtes fan de courses automobiles.

L’envie de faire quelques photos de bolides lancés à pleine vitesse vous titille depuis longtemps mais voilà, ce n’est pas si facile à réaliser. Cet article vous propose de faire un petit tour sur un circuit pendant une course automobile pour en découvrir tous les aspects ou presque.

Prêt, alors... en voiture !

Les contraintes

Une épreuve automobile sur circuit, ce sont plusieurs problèmes à résoudre d’autant plus si l’épreuve est réputée. De manière générale, la couverture en photos d’une compétition professionnelle et quel que soit le sport est réservée par les organisateurs aux photographes professionnels.

  • La première difficulté est donc de ne pas disposer d’accréditation, ce sésame qui permet de déambuler dans tous les endroits de la compétition. Les vestiaires, les paddocks, le carré VIP, le podium, la ligne de départ, etc. sont des espaces interdits sans laissez-passer. Pour les grands événements, ne rêvez pas, c’est quasi impossible d’avoir une accréditation.
  • La deuxième difficulté est liée à la taille du circuit où se déroule la compétition. Les voitures vont souvent être loin, très loin de l’appareil. Il faut un téléobjectif et si possible du costaud, de type 400 mm avec une faible ouverture (f/2,8) pour des jolis bokeh ; quatre inconvénients : le coût, le poids, l’encombrement et la stabilisation.
  • Le troisième problème est le point de vue. Sans accréditation, vous n’aurez pas accès aux bords du circuit et aux zones non visibles depuis les tribunes, ce qui limite forcément le nombre d’options de cadrage.
  • Et pour finir la technique photographique, certainement l’aspect le plus facile à résoudre. Il s’agit en fait de maîtriser l’art du « filé » pour restituer l’impression de vitesse d’une voiture.

Les options photographiques

Si vous n’êtes pas un photographe professionnel, vos accès seront ceux autorisés au public et plus la compétition sera médiatisée et plus les accès seront limités. Comme les photos seront directement liées à ces possibilités de circulation, il vaut mieux s’informer au préalable des zones accessibles.

D’un point de vue photo, une approche sympa pour ce type de sujet est de le traiter comme un documentaire, un petit reportage où les à-côtés ont autant d’importance que la course ou les voitures elles-mêmes.

Les photos à envisager

Même si l’improvisation et l’inattendu sont sources de clichés intéressants, il est indispensable de penser en amont aux différentes catégories de photos qui vont servir à réaliser notre reportage, en tenant toujours compte des accès.

Notre exemple

Olivier, un de nos photographes, autant passionné de courses automobiles que de photographie, va nous servir de reporter. Les photos ont été réalisées à Tours dans une épreuve de NASCAR à laquelle il a assisté. Son idée était de faire découvrir un peu la NASCAR à des non-initiés.

Sans accréditation particulière, il s’est d’abord informé sur les accès autorisés au public.

Puis il a écrit un « conducteur » - terme particulièrement bien approprié pour ce reportage – qui recensait les sujets à prendre en photo et enfin, il a déterminé le matériel à emmener.

De retour à la maison, il a sélectionné 12 photos pour son reportage, contrainte qu’il s’était donnée.

Les accès autorisés

L’organisateur de l’événement – Tours speedway – propose des accès press aux photographes professionnels. Ces derniers peuvent aller au bord de la piste pour se trouver à quelques mètres seulement des voitures. Des trous ont été aménagés dans le grillage de protection, et ces photographes peuvent y prendre appui pour être quasiment sur la piste ovale.

Sans accréditation, les meilleures places se trouvent dans les gradins avec le public.

Le « conducteur »

Pour le reportage, il a choisi de montrer :

  • L’appartenance « américaine » des courses de NASCAR, le made in USA en quelque sorte
  • L’avant course
  • La course y compris le public et le podium
  • Les à-côtés un peu décalés de l’évènement

Le made in USA

Elvis Presley, le drapeau américain, les dés évoquant le craps à Las Vegas, les camions PETERBILT aux cabines démesurées qui sillonnent la route 66, autant de signes iconographiques forts pour suggérer l’Amérique en seulement deux images. Pas d’ambiguïté, on est bien aux States ou à proximité. A noter qu’il n’y a pas de Harley Davidson, pourtant indissociables des USA, mais ne l’oublions pas, c’est une course de voitures.

Esprit photographe - Réaliser un reportage photo sur un circuit automobile de NASCAR en 12 photos - made in USA

© Olivier Gouzien

L’avant course

Le choix s’est porté sur des images des stands. Trois photos pour montrer le type de véhicule en compétition dont un véhicule de drift* (Ford mustang rouge et bleu). On y voit aussi la décontraction des mécanos et l’importance des pneus dans une course automobile.

*Compétition où le pilote fait glisser son véhicule d’un côté à l’autre d’une route bitumée tout en étant noté par des juges sur la trajectoire, le style, la vitesse, ...

Esprit photographe - Réaliser un reportage photo sur un circuit automobile de NASCAR en 12 photos - avant course

© Olivier Gouzien

Esprit photographe - Réaliser un reportage photo sur un circuit automobile de NASCAR en 12 photos - les pneus

© Olivier Gouzien

La course

Deux photos de la course. L’une pour montrer la détermination des pilotes et le côté « touche-touche » très représentatif de la NASCAR et l’autre, volontairement plus graphique, pour rendre l’impression de vitesse des véhicules.

Deux autres images mettent l’accent sur les spectateurs, pas spécifiquement masculin, et la configuration du circuit.

La dernière photo est dédiée au podium et sa cohorte de jolies filles, indissociables de la course automobile.

Esprit photographe - Réaliser un reportage photo sur un circuit automobile de NASCAR en 12 photos - la course

© Olivier Gouzien

Esprit photographe - Réaliser un reportage photo sur un circuit automobile de NASCAR en 12 photos - le public

© Olivier Gouzien

Esprit photographe - Réaliser un reportage photo sur un circuit automobile de NASCAR en 12 photos - le podium

© Olivier Gouzien

Les à-côtés

De la « coccinelle » au mécano qui orne la voiture de macarons publicitaires, en passant par les trophées remisés avec la bouteille de champagne vide et par le casque qui attend son pilote, ce sont quatre images qui apportent une dimension humaine à un évènement somme toute, très mécanique.

Pour ce reportage, Olivier avait avec lui son appareil Olympus EM-1 et deux objectifs, un 25 mm (50mm en équivalent 24*36) et un 75 mm (150mm en équivalent 24*36). Le complexe du Tours Speedway est relativement grand, des bonnes chaussures de marche sont indispensables et il convient de ne pas être trop chargé avec un matériel qui pourrait s’avérer inutile.

Esprit photographe - Réaliser un reportage photo sur un circuit automobile de NASCAR en 12 photos - les à-côtés

© Olivier Gouzien

Esprit photographe - Réaliser un reportage photo sur un circuit automobile de NASCAR en 12 photos - les à-côtés

© Olivier Gouzien

Quelques conseils pour réaliser une série reportage sur une compétition automobile sur circuit

  • S’informer des accès possibles avant la compétition
  • Choisir un angle de reportage. Faciliter la lecture de la série en déterminant un « conducteur », étape par étape
  • Ne pas trop se focaliser sur la course
  • Rechercher les aspects incontournables et représentatifs de la compétition automobile
  • Ne pas oublier le côté humain du sport mécanique et notamment tous les gens qui gravitent autour de la compétition comme les spectateurs, les mécanos, ...
  • Être créatif : varier les cadrages, jouer avec la profondeur de champ, abuser des premiers plans conséquents, ...
  • Soigner l’éditing (le choix des photos) en vous posant deux questions : est-ce que ma série montre bien tous les aspects de l’événement (juste ce qui est important à mes yeux) et est-ce que j’ai bien sélectionné les photos les plus représentatives (et pas nécessairement les plus belles) de l’événement ?
  • Limiter le nombre de photos à montrer entre 10 et 20 maximum. Trop de photos tuent le reportage en provoquant l’ennui.
  • Limiter le nombre de photos à montrer entre 10 et 20. Je me répète mais c’est vraiment important. Mieux vaut pas assez que trop !

En conclusion

Quand on veut réaliser un reportage sur une compétition automobile sur circuit ou tout autre évènement sportif professionnel se déroulant dans une zone fermée, il faut paradoxalement oublier la compétition pour mieux s’intéresser à tout le reste. Bien sûr, si vous avez le sésame pour les accès interdits au public, si vous avez le 400 mm avec le trépied (ou monopode) qu’il faut pour prendre les actions de loin alors cette préconisation n’a plus lieu d’être... quoique. Mieux vaut peut-être disposer d’une série photos représentatives de son intention de photographe qu’une succession de sportifs en action ou de bolides roulant à grande vitesse, que l’on retrouvera par ailleurs dans tous les bons magazines sportifs.