Aujourd’hui, Esprit-photographe rencontre Yannick, un photographe amateur de la région Centre qui va nous parler, entre autres, de bateaux, enfin plutôt d’épaves de bateaux.

Bonjour Yannick, quelques mots pour te présenter ?

J’habite la banlieue d’Orléans (45) où j’exerce le métier de chef de projet en Ressources humaines pour une société d’intérim à l’implantation nationale.

Peux-tu nous parler un peu de tes débuts en photo ?

Si j’ai réellement commencé la photo vers 14/15 ans, mon premier déclic et mon premier clic a eu lieu vers l’âge de 8 ans avec un instamatic Kodak. Dans les années 1970, à l’adolescence, j’ai eu mon premier reflex argentique : un Pentax MX équipé d’un 50 mm et d’une longue focale type 200mm.

Esprit photographe - Interview Yannick Le Bricquir - appareils photo

Un 200 mm à l’époque, ce n’était pas courant pour un débutant ?

Non, c’est vrai. J’habitais la région parisienne et je pratiquais le ski nautique et le volley-ball à un haut niveau. De la pratique sportive à la photographie de sport, il n’y a qu’un pas que j’ai franchi allégrement et j’ai donc acheté une longue focale. En plus de la photo de sport, mon autre thème de prédilection était le portrait.

Esprit photographe - Interview Yannick Le Bricquir - ski nautique

Ski nautique © Yannick Le Bricquir

Quel est ton parcours en matière de photographie ?

Autodidacte itératif ! Autodidacte car j’ai appris par moi-même à l’aide de livres, de revues et en observant le travail des autres, comme d’ailleurs beaucoup de photographes de mon époque.

Itératif car j’ai eu la chance à cette époque de disposer dans la cave de mes parents d’un laboratoire pour tirer et développer moi-même mes photos en N&B (ndlr : à l’époque la couleur restait une affaire de professionnels). J’ai passé de nombreuses heures devant l’agrandisseur, penché sur les bains de produits.  Pour apprendre, j’ai donc testé, raté, recommencé puis raté un peu moins, puis recommencé jusqu’à ce que je réussisse. C’est d'ailleurs à mon avis, l’une des clés pour progresser en photographie : l’expérimentation.

La vie passant, j’ai laissé de côté mon matériel pendant de nombreuses années mis à part quelques photos de famille et autres souvenirs de vacances.

Il y a 6 ou 7 ans, compte tenu de l’évolution spectaculaire des boitiers numériques, j’ai voulu goûter à nouveau aux joies de la photo. J’ai aussi découvert les possibilités des logiciels de post-traitement qui ont réveillé chez moi l’envie de développer mes photos - N&B et couleur -  et la passion a repris.

Tu as finalement le parcours classique des photographes passionnés de ta génération. On pourrait d’ailleurs le résumer par un acronyme : ADN. A pour argentique, D pour développement et N pour numérique.

Oui, en discutant avec des personnes de ma génération, je me suis aperçu que nos parcours photographiques étaient finalement assez proches.

Bon, passons à présent à tes thématiques préférées et tes sources d’inspiration

Je suis un photographe « touche-à-tout » sauf deux thématiques que je ne pratique pas - la macrophotographie et l’animalier - car je n’ai pas assez de patience pour m’y frotter. Même si je suis assez éclectique, j’ai néanmoins deux sujets de prédilection - le paysage et l’architecture - qui correspondent bien aux éléments que je souhaite mettre en valeur : la composition, la lumière et les lignes graphiques.

Esprit photographe - Interview Yannick Le Bricquir - Lyon la nuit

Lyon, la nuit © Yannick Le Bricquir

Mes sources d’inspiration sont à chercher du côté des photographes que j’aime :

  • Ansel Adams pour les paysages (un maître absolu) et son traitement des N&B (zoning)
  • Julia Anna Gosporadou et Joël Tïjn Tjelaar pour l’architecture
  • Nick Brandt et David Yarrow pour leur traitement N&
  • Éric Lafforgue pour la photo de voyages
  • Jean Louis Sieff et Richard Avedon pour les portraits
Esprit photographe - Interview Yannick Le Bricquir - La mêlée

La mêlée © Yannick Le Bricquir

Quel matériel utilises-tu principalement ?

Depuis 1 an, j’utilise un hybride, un Sony A7R avec batterie et une gamme d’objectifs Zeiss assez étendue. J’ai découvert il y a peu de temps le 50 mm f/1,8 de Zeiss, un must

Un matériel idéal ?

Un boitier qui me permettrait d’utiliser mes objectifs Zeiss. Le Sony A7RII avec ses 42 Mpx, sa qualité d’images et sa réactivité digne d’un reflex pro me fait franchement rêver

Où peut-on voir tes photos ?

Sur mon site : http://www.yannicklebricquir.com/fr/accueil.html

Sur flickr : https://www.flickr.com/photos/123626469@N04/

Sur 500px : https://500px.com/yannicklebricquir45

Sur Youpic : https://youpic.com/photographer/YannickLeBricquir/

Esprit photographe - Interview Yannick Le Bricquir - L'entrée du marais

L'entrée du marais © Yannick Le Bricquir

Quelles sont tes expositions à venir ?

Une prochaine exposition avec le collectif dont je fais partie qui aura lieu à la Maison de la Musique et de la Danse de Saint Jean de la Ruelle (45) du 09 au 20 mai prochain.

Maintenant, je te propose de nous faire partager un peu de ton expérience en commentant une photo choisie sur ton site. Elle fait partie d’une série sur les cimetières à bateaux. On y va ?

Ok

Tout d’abord, pourquoi les cimetières à bateaux ?

J’ai découvert les cimetières à bateaux à Douarnenez (29). Je faisais des photos du port de pêche mais en arrière-plan, ce sont des épaves de bateaux qui prenaient toute l’importance sur l’image. Cela m’a donné envie de m’intéresser au sujet. Avec le recul, je trouve ce sujet très confortable car il autorise beaucoup d’approches, de techniques photographiques, de compositions différentes comme le N&B (doux ou contrasté), la couleur (saturée ou non), les gros plans, les plans larges, la représentation de la matière, la pose longue, etc. En plus, sa situation « immuable » permet au photographe d’effectuer ses prises de vue sans précipitation. Au final, c’est un formidable support d’exercices dont les résultats sont d’ailleurs souvent spectaculaires.

Pour cette photo, peux-tu nous indiquer ton intention et tes choix de prise de vue ?

Le Magouer est un cimetière d’épaves très anciennes situé à côté d’Etel dans le Morbihan. J’ai cherché, pour cette photo, à travailler en priorité la composition et le graphisme. Plus précisément, j’ai choisi de montrer la structure complexe d’un bateau en bois en proposant une image basée sur les lignes droites et les courbes.

Le Magouer © Yannick Le Bricquir

Le Magouer © Yannick Le Bricquir

Pour la composition, je me suis appuyé sur un jeu de diagonales - arrière du bateau de gauche et proue du bateau de droite - qui se croisent à peu près au milieu de l’image. Cette composition procure équilibre et dynamisme. Les structures des bateaux semblent légères tout en étant ancrées fortement dans le sol.

Esprit photographe - Interview Yannick Le Bricquir - Le Magouer composition

Le Magouer © Yannick Le Bricquir

Pour les réglages, j’ai fixé la sensibilité à 50 ISO pour avoir un beau piqué. L’ouverture réglée sur f/18 permet de disposer d’une grande profondeur de champ pour avoir toutes les structures des bateaux bien nettes. La vitesse est, quant à elle, réglée sur 10 secondes soit un temps de pose long pour avoir une mer sans relief qui ne perturbe pas la lecture de l’image. Le choix du N&B s’imposait pour au moins deux raisons : d’abord un ciel très bleu qui « mangeait » toute l’image, ensuite les couleurs des coques de bateaux trop passées pour avoir un intérêt. La focale utilisée est de 24 mm.

Quel matériel as-tu utilisé ?

Mon Sony, un zoom 24-70 et un trépied, obligatoire au vu du temps de pose.

Quel post-traitement ?

Essentiellement un travail par zone de l’image sur le contraste et la luminosité. La netteté et la clarté ont été aussi renforcées.

Pour les retouches, j’utilise Lightroom et deux plugins : Silver Efex Pro pour le N&B et Color efex pro pour la couleur.

Pour finir sur ce sujet, peux-tu nous donner quelques trucs et astuces et éventuellement des endroits où l’on peut trouver des cimetières de bateaux ?

Quelques conseils de bon sens : vérifier les horaires de marée et la météo à venir, ne pas monter sur les bateaux (ils sont fragiles et cela peut être en plus dangereux), s’équiper de bonnes bottes de pêche à pied.

D’un point de vue matériel, un trépied est pour moi indispensable avec éventuellement un filtre ND pour les effets de pose longue. Une remarque : ne pas changer d’objectif en bord de mer ; le sable et l’eau de mer sont des ennemis pour un capteur.

Pour la prise de vue, il faut prendre son temps, tourner autour du sujet encore et encore jusqu’au moment de trouver le bon angle.

Pour trouver des cimetières à bateaux, la Bretagne reste un lieu privilégié. J’ai mis une liste sur mon site :

http://www.yannicklebricquir.com/clients/2217/fichiers/userfiles/files/Les_Cimetieres_Marins_en_Bretagne_01_2016_v2.pdf

On arrive à la fin de l’interview, c’est le temps du portrait express. Ton premier souvenir photographique qui compte ?

Mon père me prenant en photo à ma première communion.

La première photo qui t’a marqué ?

Le port de Binic, ses coquilliers à quai et mon grand-père en arrière-plan.

Esprit photographe - Interview Yannick Le Bricquir - Le port de Binic, autrefois

Le port de Binic, autrefois

Un très bon souvenir photographique ?

Ma dernière série à la fondation Louis Vuitton à Paris. Tout concernant ce bâtiment est prétexte à photo ; un véritable magasin de jouets pour un enfant.

Un regret photographique ?

Avoir laissé de côté la photo pendant trop longtemps !

La qualité indispensable pour un photographe ?

La curiosité et la volonté de progresser pour trouver son « propre regard », sa signature photographique.

Le pire défaut pour un photographe ?

Penser que tout ce qui sort de son appareil est génial.

Une maxime qui te va bien ?

« Tu ne prends pas une photo, tu la crées ». Ansel Adam.

Ta prochaine série ?

L’architecture récente des grandes villes.

Esprit photographe - Interview Yannick Le Bricquir - Aéroport de St Exupéry, Lyon (69)

Aéroport de St Exupéry © Yannick Le Bricquir

Merci Yannick pour cette interview, bonnes photos à toi.